Fantasy

Gagner la guerre – Jean-Philippe Jaworski

Gagner la guerre – Jean-Philippe Jaworski

auteur

Jean-Philippe Jaworski

éditeur

Folio SF
979 pages

Genre

Dark Fantasy

ISBN 

9782070464272

1ère parution

2009

âge conseillé

A partir de 18 ans.
(public averti !)

Quatrième de couverture

« Gagner une guerre, c’est bien joli, mais quand il faut partager le butin entre les vainqueurs, et quand ces triomphateurs sont des nobles pourris d’orgueil et d’ambition, le coup de grâce infligé à l’ennemi n’est qu’un amuse-gueule. C’est la curée qui commence. On en vient à regretter les bonnes vieilles batailles rangées et les tueries codifiées selon l’art militaire. Désormais, pour rafler le pactole, c’est au sein de la famille qu’on sort les couteaux. Et il se trouve que les couteaux, justement, c’est plutôt mon rayon… »

Gagner la guerre est le premier roman de Jean-Philippe Jaworski. On y retrouve avec plaisir l’écriture inimitable de l’auteur des nouvelles de Janua vera et don Benvenuto, personnage aussi truculent que détestable.

Le livre a obtenu en 2009 le prix du premier roman de la région Rhône-Alpes et le prix Imaginales du meilleur roman français de fantasy.

Mon expérience de lecture

Ce livre, voilà des années qu’il me fait de l’œil. Pourquoi je ne me lance que maintenant ? Peut-être parce que l’opportunité ne s’était pas vraiment présentée. Il était exposé en tête de gondole lors de mon dernier passage en librairie, en version poche et il est malencontreusement tombé dans mon panier – ce hasard, tout de même ! –, je n’allais pas le remettre sagement dans le rayon, si ?
Non.

J’avoue que de prime abord, le pavé a de quoi impressionner. Non content de se gausser de ses 980 pages, il se paye de surcroît le luxe d’être écrit minuscule ! Avant même de démarrer la lecture, on est prévenus : ça passe ou ça casse !


Jaworski a choisi le pendant « dark » de la fantasy, et croyez-moi, vous en aurez pour votre compte de noirceur !


Vous incarnez un maître-assassin, à la solde d’un magistrat pervers, véreux, vicieuxmégalomane même – il a toutes les qualités cet homme ! –, dont les proches sont au moins aussi pourris et orgueilleux que lui – ah, on a la famille qu’on mérite, mes bons amis !

En fait d’homme de main, vous découvrirez assez rapidement qu’en réalité vous n’êtes qu’une – pas si innocente – marionnette manipulée par un abominable et effrayant marionnettiste. Le monde n’est qu’un vaste échiquier dans lequel votre patron n’hésitera pas à vous sacrifier pour nourrir ses ambitions. Et Dieu sait si ses dents rayent les dalles de marbre des palais – même si c’est vous qui arborez paradoxalement un râtelier peu conventionnel ! La traîtrise est un jeu qui se joue aux cartes et votre vie ne tient parfois qu’à un lancer de dés entre ses mains corrompues.

Les bas-fonds seront votre domaine. Vous n’y croiserez que des individus antipathiques, véreux, vénaux, aucune émotion sincère ou lien d’humanité ne semble vous unir à eux. En éprouvent-ils seulement, au juste ?


Ah si vous aimez l’esprit chevaleresque, les grands sentiments, l’amour et la fraternité, passez votre chemin, vous n’êtes pas tombés dans le bon livre, ni avec les bons personnages.


Ici pas de rédemption possible. Tout sentiment positif est piétiné dans la fange, extirpé de votre âme pour mieux vous étriller au détour d’une ruelle sombre. Rarement vous aurez eu l’occasion de toucher d’aussi près les pires malandrins qui soient. Vous verrez même à travers leurs yeux. Jaworski vous montre les ambitions les plus obscures de l’être humain associées aux moyens les plus dégueulasses pour les atteindre.

Au début, j’en ai voulu à Jaworski de ce choix de récit à la première personne. Je n’avais aucune envie d’incarner d’aussi près l’esprit torve de Benvenuto Gesufal. J’aurais préféré la distance plus confortable de la troisième personne afin de me préserver l’âme de cet individu immonde.

Je ne voulais pas voir à travers ses yeux, je ne voulais pas ressentir ses émotions, je ne voulais pas vivre dans sa tête. Le problème de la première personne c’est que vous n’avez aucun recul. Pas de petite voix sensée pour apporter un jugement éclairé sur ce qu’il se passe. Vous êtes un salaud, vous pensez comme un salaud et vous le ferez jusqu’au bout. N’espérez trouver de réconfort auprès de personne. Benvenuto est entouré d’une galerie de compagnons qui relègueraient les Borgia au rang d’enfants de chœur. Non contents de se satisfaire de vos agissements répréhensibles, ils vous en missionnent à chaque chapitre de pires !
Peu de chance de salut, ou de trouver une épaule amie pour tenter de vous raisonner. La seule fois où vous en croisez une – ou presque – ce sera pour la rejeter comme une malpropre cette épaule, cette petite voix qui vous explique combien vous vous êtes gâché en sombrant aussi bas.
Non, la seule voix qui vous permet un recul critique, ce sera la vôtre et uniquement la vôtre. Tenez-vous le pour dit ! Si vous parvenez à rester outrés par tout ce que vous lirez, c’est qu’il reste encore de l’espoir. Vous n’êtes pas perdu pour l’humanité.

Le hic, c’est que le bougre prend tout son temps pour instiller son venin avec sa foutue première personne. Il faut dire qu’il n’a pas loin de mille pages pour œuvrer, ce saligaud de Benvenuto. Non que vous entriez réellement en empathie avec lui, mais à force vous sous surprenez – parfois – à espérer qu’il s’en sorte – et vous avec par la même occasion, avant d’être trop perverti.


D’ailleurs cette ordure n’éprouve aucun scrupule à vous haranguer régulièrement, vous, lecteur, pour vous montrer à quel point vous êtes tordus vous aussi « si vous avez lu jusqu’ici. ».


Pour un peu on se ferait presque insulter d’oser nous aventurer dans les lignes du récit en compagnie de son peu recommandable protagoniste. Et c’est pas faux. Il y a comme un plaisir coupable – presque du voyeurisme – à poursuivre cette lecture, une curiosité malsaine de voir jusqu’où ça va aller… jusqu’où ça peut aller.

Pourtant l’intrigue est longue à se mettre en place. Les descriptions sont foisonnantes, les lieux et personnages sont si multiples que l’on se perd souvent dans le réseau veineux de Ciudalia au milieu de toutes ces trognes antipathiques.

Le cadre est riche. Il rappelle l’Italie de la Renaissance. Ciudalia revêt des faux airs de Florence et ses palais luxueux ou de Venise et son labyrinthe de venelles tortueuses.


On sent que Jaworski est un rôliste. Il est un bâtisseur. Bâtisseur de cités, bâtisseur de contexte, bâtisseur de conflits.


Il sait poser un décor et un contexte. C’est indéniable. Surtout que ce salaud-là a le sens du verbe et du dialogue percutant.
Je me rappelle avoir entendu parler de cet auteur par le biais de quelques lecteurs qui me comparaient à lui – comparaison flatteuse, merci à eux.
Je reconnais indiscutablement que nous avons un vocabulaire commun, mais je reprocherais toutefois à Jaworski de sombrer parfois dans la démonstration de style.
J’espère ne pas en faire autant subir à mes lecteurs.
Si je n’avais pas écrit Question de temps, j’aurais vécu le premier chapitre comme une torture tant il m’aurait fallu plonger dans un dictionnaire pour comprendre les mots techniques issus de la marine à voile et donc sortir de l’action et de la bataille.
Idem pour la scène – discutable en termes d’intérêt, au demeurant – en argot. Je n’ai pas tout compris ! Et pourtant ceux qui ont lu Strawberry Fields le savent, j’ai un niveau loin d’être dégueulasse en la matière, mais la différence étant que je sous-titrais les répliques pour mes lecteurs, ce que Jaworski ne nous a pas proposé au fil de cette longue scène.

Attention, en ouvrant la première page de ce roman vous entrez dans un monde sombre. Le côté dark de la dark fantasy – si c’est possible.


Âmes sensibles s’abstenir.


photo E.R. Link – © Février 2022

Mon avis

J’ai adoré ma lecture, même si j’ai éprouvé quelques difficultés à me plonger dedans.
Ce souci de la première personne au départ, que je rejetais de toutes mes forces, écœurée par le personnage que Jaworski me contraignait à incarner, mais aussi la faute à une intrigue au démarrage très lent.

Beaucoup de pauses sont nécessaires pour intégrer la masse de personnages qui tournoient autour de notre peu recommandable personne.

Il faut dire que du monde, des villes et des enjeux il y en a ! Faut les digérer vite si on veut espérer survivre au cours de ce voyage d’aventures à l’état pur. Il y va de la vie de Benvenuto – quoique, lui on s’en fout en fait – et de la nôtre – ça c’est plus emmerdant –, vu que nous sommes intrinsèquement liés pour mille pages à cette enflure.

Vers le milieu du récit – ah oui, faut tenir jusque-là, mais comme vous le rappelle Benvenuto, si vous y arrivez c’est que vous ne valez pas tellement mieux que lui, quelque part, sale petit voyeur que vous êtes –, toutes les pièces du puzzle se mettent en place jusqu’au dénouement.

Un dénouement qui vous cloue sur place. Un dénouement à l’image du récit : d’une violence inouïe. Un dénouement qui me rend folle de jalousie en tant qu’autrice parce que j’aurais voulu écrire ce livre, j’aurais voulu traîner mon lecteur dans la boue, le sang et la merde avec le talent de Jaworski. Un dénouement magistral.

Pour conclure cette chronique, un seul mot me vient à l’esprit afin de résumer au mieux la bouffée délirante d’émotions que ce roman a suscité en moi, c’est celui que Jaworski emploie pour clôturer son épopée :

L’enfoiré.


Verdict

J’ai vu qu’il sortait en BD chez le Lombard. Je crois être assez pourrie pour vouloir le lire…

Voilà, voilà… ON NE SE MOQUE PAS ! (J’en peux plus de moi). Connard de Benvenuto.

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